Le hasard fait bien les choses. L'Education Nationale aussi. Tous les deux sont instituteurs, tous les deux ont été nommés à Salazie en 2005. C'est à l'occasion de leur prise de fonction et en partageant une colocation qu'ils vont se rencontrer. Julien "gratouille" depuis le lycée, apprenant seul et dans son coin la guitare. Virginie, elle, est déjà forte d'une expérience musicale en métropole et chante dans un groupe de funk, Mister Bib, à la Réunion. Le courant passe. Jaboticaba, groupe de "blue folk réunionnais" se forme ainsi.
Leur répertoire se constitue peu à peu de compositions toujours travaillées ensemble avec, majoritairement, des textes de Julien. Doux rêveur, il aime écrire des textes mélancoliques qui parlent, en créole, du plaisir, de la douleur ou de la douceur de vivre. Virginie de son côté a une voix en or, à la fois sensible et puissante, elle offre aussi des textes bouleversants. Le duo devient rapidement trio avec l'arrivée de Laurent, percussionniste et batteur depuis 8 ans et qui cherche encore de nouvelles résonances.
Histoire de se faire un peu connaître, ils enregistrent artisanalement une petite maquette avec leurs premiers morceaux. Ils la diffusent à droite à gauche, tant auprès des dalons que vers quelques programmateurs locaux. C'est alors que le hasard va continuer ses bonnes œuvres…
En avril, l'équipe du Bato Fou, qui vient d'écouter leur maquette, leur propose de remplacer au pied levé un groupe qui s'est désisté pour un tremplin qui a lieu quelques jours plus tard. Bien que ce "rougail rock" soit pour... les groupes de rock, ils y vont. Et en plus, c'est leur première scène. Passant en dernier, après plusieurs groupes de métal ou hard-rock, ils détonnent complètement avec leur musique intimiste… et conquièrent le public et le jury. Ce dernier leur proposera de faire la première partie de Loïc Lantoine en septembre. C'est là que nous les avons croisé. C'est là que nous sommes tombés amoureux. Finalement tout ça n'est pas dû au hasard mais à leur talent plus qu'évident lorsqu'on les entend et les voit sur scène.
C'est pourquoi on tient à vous les présenter aujourd'hui dans l'azenda :
Vous avez quel âge et vous venez d'où ?
Julien : 27 ans, nomade.
Virginie : 27 ans aussi, femme du voyage.
Laurent: 34 ans, du Sud de là.
Question bateau : Jaboticaba, ça veut dire quoi ?
J : Le Jaboticaba est un prunier d'Amérique du Sud, introduit depuis peu de temps à la Réunion. Ses fruits poussent à même le tronc, ce qui en fait un arbre assez particulier. Mais c'est le mot lui-même, nouveau, libre d'interprétation par ses consonances, qui nous a plu…
Vous êtes tous les 2 instits et Laurent est éducateur spécialisé. Pas trop dur de concilier musique et vie professionnelle ?
V : Ben, si…C'est un peu comme une relation de couple avec ses compromis et ses sacrifices, mais le voyage est tellement intéressant et nouveau qu'on ne se pose pas trop de questions…
Lorsque vous vous êtes rencontrés, vous avez pu jouer tout de suite ensemble ?
V : Disons qu'il y a eu les rencontres avant tout…les affinités musicales nous ont rapidement mis sur un projet commun. En laissant chacun s'exprimer librement, on arrive à faire quelque chose de riche et d'assez intéressant
Vos références musicales, vos préférences ?
V : Chanteuses américaines (soul, gospel), musiques issues des peuples dont l'histoire est douloureuse
L : Musique réunionnaise, reggae, funk, jazz, musique traditionnelle afro-américaine et africaine…
J : Alain Peters, René Lacaille, Ben Harper, Mississipi John Hurt, Neil Young, David Gilmour ...
De quoi parlent vos textes ?
J : Grande question… Je crois que je me livre beaucoup dans mes textes… L'écriture est depuis le début un moyen de me sentir bien. Les textes se chargent de beaucoup de nostalgie mélancolique, ils parlent de la Réunion et s'étendent à l'être humain en général.
V : J'y mets mon histoire personnelle…comme une forme d'exutoire.
Et cet attachement à la Réunion s'exprime obligatoirement en Créole ?
J : Plus une volonté qu'une obligation, c'est ma manière de vivre ma Réyonité. J'ai des textes en Français, d'autres en Anglais et d'autres qui se métissent d'alliances de langues.
L'un de vous peut-il me donner un couplet ?
L : Kaplin pay shoushou lamour l'a poin son parèy mèt in pë lombraj sou la vi kaniar solèy…
Comment expliquez votre succès et sa rapidité ?
L : ... On suit ce qui nous arrive…on l'a certainement provoqué aussi…Kan ou lé dan la dans i fo ou dans…
Contact : 0692 23 67 50
Article paru dans l'Azenda n°16 (ocotbre 2006) // Texte et propos recueillis par Sand
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