TABOO TIENT BON
Thierry About a des yeux bleus très clairs et écoute du rock’n roll. Comme il a horreur de parler de son âge mais qu’il est un inconditionnel des Rolling Stones, on peut révéler ici qu’il est né alors que Mick Jagger et Keith Richards n’étaient pas encore devenus le groupe mythique que l’on connaît, et jouaient toujours dans le fameux bar jazzy londonien, le Ealing Club.
La genèse
Passionné par la musique noire américaine et la soul music, Thierry About a derrière lui un joli parcours. Après avoir grandi à la Réunion, bercé par la musique d’Alain Peters et du groupe Carrousel, où s’illustra notamment, outre Peters, Loy Ehrlich et Joël Gonthier, il quitte l’île pour ses études, parce que « les études sont importantes », même si le rock ne le quitte pas vraiment.

Il revient à la Réunion en 1981, une guitare électrique en bandoulière, sans doute parce qu’on revient toujours là où l’on a grandi et il fonde alors le groupe After Midnight, puis la formation Island, qui sortira trois albums. Plus tard, en 1997, c’est l’aventure Route 66 qui commence, groupe de rock qui sortira un maxi CD et un album, Sur la route, en 2001. Durant cette période, il joue notamment avec Philippe Rivière, de Free Jam, et confesse aujourd’hui « n’avoir pas su garder ce bassiste de talent ».
En 2004, accompagné du guitariste Thierry Thévenin, une référence quand on évoque l’instrument à six cordes, il crée le groupe Taboo, jeu de mot fondé sur le nom du chanteur. Ils sont vite rejoints par Patrice Payet à la basse et Samuel Hoarau à la batterie. Les concerts s’enchaînent, le groupe a l’honneur de faire la première partie de Lucky Peterson, après avoir chauffé les salles accueillant Maceo Parker, en 1997, et Les Innocents.
Faisant deux concerts par mois en moyenne, ils prennent le temps d’écrire et de composer les chansons de leur premier album, sorti en 2005 et intitulé Ski fait marcher le monde.
Les influences
Indéniablement influencé par le blues, le reggae et la country, Taboo propose un son pop-rock métissé. Puisque Thierry About apprécie Bo Didley et John Lee Hooker, mais que, dans le même temps, il trouve un côté « truculent » à la langue créole, car « imagée donc poétique », il composera un blues créole. Et pas seulement parce que ça n’avait jamais été fait auparavant.
S’il ne situe pas la musique dans une « logique de message », il témoigne tout de même de l’abolition de l’esclavage dans la chanson « Soleil la levé ». Histoire de dire qu’on peut être « métropolitain, blanc, mais concerné par la question ». C’est ce goût du mélange, cette envie de réunir des sons si opposés qui l’incitent à chanter en créole, mais aussi en anglais, « cette langue qui va si bien au rock » et en français, parce qu’il « aime Lavilliers, Higelin et Charlélie Couture ».
En digne admirateur de Bob Dylan, il compose des ballades, et ne rougit pas quand on lui dit qu’il parle beaucoup d’amour : « ce sont des thématiques essentielles ».
Le présent
Aujourd’hui, alors que Thierry Thévenin a quitté l’aventure et que le groupe a été rejoint par Pierre Bigot, « un pote de lycée retrouvé par hasard », guitariste folk de son état, Taboo cherche à jouer sur des scènes plus importantes, sans pour autant oublier les bars, qui sont un formidable moyen de tester les compositions. Ainsi, Taboo se produit régulièrement dans le sud de l’île, à Saint-Gilles et ailleurs.
Contact : 0692 64 19 79
Article paru dans l'Azenda n°33 (avril 2008) // Texte: Nicolas Millet
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